
Santé et sécurité dans le secteur de la construction : enjeux, solutions et conscientisation
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Le secteur de la construction demeure l’un des plus à risque en matière de santé et sécurité au travail (SST). Chaque année, des centaines d’accidents et de maladies professionnelles y sont recensés, mettant en lumière l’importance de conscientiser davantage les travailleuses et travailleurs, et d’améliorer la gestion proactive des risques.
Quels sont les grands enjeux actuels ? Pourquoi la conscientisation reste-t-elle un défi ? Et quelles actions concrètes peuvent réellement faire la différence sur le terrain ?
Plusieurs facteurs expliquent pourquoi la conscientisation en santé et sécurité peut s’éroder avec le temps. Lorsqu’un travailleur ne fait pas face à un danger pendant plusieurs mois, il est naturel que certains réflexes s’estompent. De plus, un comportement à risque peut devenir une habitude lorsque celui-ci n’est pas sanctionné ou qu’il ne mène à aucune conséquence tangible, ce qui contribue à banaliser le danger. Enfin, certaines personnes remettent en question la pertinence des règles elles-mêmes et choisissent consciemment de ne pas y adhérer.
La contribution essentielle du personnel de terrain
Des initiatives concrètes et innovantes pour une culture SST forte
L’innovation en santé et sécurité au travail doit être une priorité partagée à tous les niveaux de l’organisation. Impliquer activement le personnel est essentiel : ce sont eux qui possèdent l’expérience du terrain et les idées capables de faire naître des améliorations concrètes. Il faut bien se le rappeler : c’est avant tout leur santé et leur sécurité qui est en jeu. Mais leur engagement ne suffit pas : les pistes de solutions qu’ils proposent doivent être appuyées, mises en œuvre, standardisées, partagées et surtout appliquées avec rigueur par leur entreprise.
L’implication des dirigeants et de la haute direction
La santé et sécurité ne repose pas uniquement sur le personnel, loin de là. La haute direction d’une entreprise doit également s’impliquer activement dans l’application et le suivi des règles. Chez JCB, notre vice-président, opérations chantier se rend régulièrement sur l’ensemble des chantiers afin d’identifier lui-même les risques potentiels. Chaque situation à risque identifié est immédiatement abordée avec les surintendants et les coordonnateurs SST pour assurer une réponse rapide et adéquate. Nous constatons sans l’ombre d’un doute que cette implication directe et constante d’un membre de la haute direction offre non seulement un point de vue stratégique de la santé et sécurité, mais envoie également un signal fort sur l’importance du sujet pour l’entreprise.
Les surintendants et contremaîtres qui dirigent les chantiers doivent également prendre part à la discussion via des rencontres hebdomadaires où sont discutés les bons coups observés sur le terrain, les méthodes innovantes mises en place, les relâchements notés, ainsi que les nouvelles réglementations à intégrer dans les pratiques. Leurs points de vue terrain sont essentiels pour toute stratégie fonctionnelle.
La mise en place d’un comité interne
Finalement, l’organisation d’un comité interne en santé et sécurité est primordiale afin d’analyser attentivement les audits réalisés par la mutuelle de prévention, ainsi que les rapports d’inspection de la CNESST. Lorsqu’un manquement est identifié, des mesures correctives concrètes sont mises en place : info-directives, rappels de procédures ou encore formations ciblées adaptées à la situation.
Nous savons bien que tout cela représente des efforts constants, parfois même contraignants. Mais nous pouvons vous assurer que cela en vaut la peine. Ces initiatives donnent naissance à des solutions concrètes qui sauvent des vies, et nous en sommes la preuve. Grâce à l’implication et à l’engagement de nos équipes, nous avons pu :
Limiter l’exposition à la poussière de silice en rendant obligatoire l’application préalable d’un scellant sur les dalles, une solution simple, mais efficace pour réduire les projections de poussière ;
Mettre en place des méthodes systématiques pour suspendre ou couvrir les rallonges électriques, diminuant considérablement les risques de chute ou de trébuchement ;
Accréditer du personnel interne qualifié pour effectuer les validations annuelles des équipements de protection individuelle, assurant une double sécurité et des pratiques standardisées exemplaires ;
Implanter un programme de prévention numérique, facilitant la gestion des risques en temps réel ;
Promouvoir l’innovation au sein de l’entreprise qui a permis à un collège d’élaborer un système d’échafaudage mobile pouvant être rendu fixe lors de son utilisation, une avancée majeure en matière de sécurité qui nous a valu d’être finalistes aux Grands Prix de la CNESST ;
Mettre en place un système d’accueil SST utilisant des codes QR, simplifiant l’intégration des nouveaux travailleurs tout en améliorant la traçabilité des informations ;
Concevoir plusieurs affiches de sensibilisation adaptées aux réalités spécifiques de nos chantiers ;
Participer activement à différents comités SST de l’industrie afin de contribuer à l’amélioration continue des pratiques.
Et ce ne sont là que quelques exemples de solutions concrètes, fruits d’une culture SST qui favorise l’implication et l’engagement de tous, et qui peuvent être reproduits par l’ensemble des entrepreneurs en construction.
La SST n’est pas une obligation administrative : c’est un enjeu opérationnel, organisationnel, relationnel, humain, stratégique et collectif. Face à un défi aussi complexe et multidimensionnel, prétendre à la perfection serait illusoire. Ce que nous souhaitons c’est que chacun cherche constamment à faire mieux, jour après jour. Personne n’est à l’abri d’un accident, mais en responsabilisant chaque acteur du monde de la construction et en misant sur la prévention, l’innovation et la communication, nous pouvons construire un avenir plus sécuritaire pour tous.

