Santé et sécurité dans le secteur de la construction : enjeux, solutions et conscientisation

20251007 JCB 086

Santé et sécurité dans le secteur de la construction : enjeux, solutions et conscientisation

5 min.

La santé et sécurité au travail : plus cruciales que jamais sur les chantiers

Le secteur de la construction demeure l’un des plus à risque en matière de santé et sécurité au travail (SST). Chaque année, des centaines d’accidents et de maladies professionnelles y sont recensés, mettant en lumière l’importance de conscientiser davantage les travailleuses et travailleurs, et d’améliorer la gestion proactive des risques.

Quels sont les grands enjeux actuels ? Pourquoi la conscientisation reste-t-elle un défi ? Et quelles actions concrètes peuvent réellement faire la différence sur le terrain ?

Les grands enjeux actuels en santé et sécurité dans la construction

Une approche réactive plutôt que préventive


Dans l’industrie, les mesures SST sont trop souvent mises en place après coup, en réaction à un incident ou à des statistiques alarmantes de décès ou de maladies professionnelles. Plutôt que d’attendre un événement malheureux, il est essentiel d’adopter une gestion globale des risques, inspirée des meilleures pratiques observées ailleurs au Canada, qui inclut l’analyse préalable des risques potentiels, l’établissement de procédures simples et standardisées, l’application d’inspections et d’audits réguliers ainsi que de la formation et de la sensibilisation en continu.

Une adaptation constante aux nouvelles réglementations

La CNESST introduit régulièrement de nouvelles normes sans nécessairement consulter les maîtres d’œuvre ou les entrepreneurs généraux. Résultats : ces nouvelles normes génèrent des coûts imprévus, des effets collatéraux sous-estimés et un besoin constant d’ajustement rapide. La CNESST doit mettre en place des comités sectoriels et organiser des consultations publiques avec les acteurs de l’industrie afin d’assurer une application réaliste et durable de ces nouvelles normes. Pour leur part, les acteurs clés doivent se tenir informés des dernières exigences, collaborer avec toutes les parties prenantes, élaborer des solutions standardisées et faire preuve de flexibilité et d’adaptabilité face à ces changements.

Des disparités dans la perception du risque

Même avec une formation de base et des formations spécifiques en continu, chaque personne perçoit le risque différemment. Et comme pour la limite de vitesse sur la route, certaines personnes choisissent consciemment de ne pas respecter les règles.

La conscientisation : un défi sur les chantiers

Plusieurs facteurs expliquent pourquoi la conscientisation en santé et sécurité peut s’éroder avec le temps. Lorsqu’un travailleur ne fait pas face à un danger pendant plusieurs mois, il est naturel que certains réflexes s’estompent. De plus, un comportement à risque peut devenir une habitude lorsque celui-ci n’est pas sanctionné ou qu’il ne mène à aucune conséquence tangible, ce qui contribue à banaliser le danger. Enfin, certaines personnes remettent en question la pertinence des règles elles-mêmes et choisissent consciemment de ne pas y adhérer.

La contribution essentielle du personnel de terrain

Des initiatives concrètes et innovantes pour une culture SST forte

L’innovation en santé et sécurité au travail doit être une priorité partagée à tous les niveaux de l’organisation. Impliquer activement le personnel est essentiel : ce sont eux qui possèdent l’expérience du terrain et les idées capables de faire naître des améliorations concrètes. Il faut bien se le rappeler : c’est avant tout leur santé et leur sécurité qui est en jeu. Mais leur engagement ne suffit pas : les pistes de solutions qu’ils proposent doivent être appuyées, mises en œuvre, standardisées, partagées et surtout appliquées avec rigueur par leur entreprise.

L’implication des dirigeants et de la haute direction

La santé et sécurité ne repose pas uniquement sur le personnel, loin de là. La haute direction d’une entreprise doit également s’impliquer activement dans l’application et le suivi des règles. Chez JCB, notre vice-président, opérations chantier se rend régulièrement sur l’ensemble des chantiers afin d’identifier lui-même les risques potentiels. Chaque situation à risque identifié est immédiatement abordée avec les surintendants et les coordonnateurs SST pour assurer une réponse rapide et adéquate. Nous constatons sans l’ombre d’un doute que cette implication directe et constante d’un membre de la haute direction offre non seulement un point de vue stratégique de la santé et sécurité, mais envoie également un signal fort sur l’importance du sujet pour l’entreprise.

Les surintendants et contremaîtres qui dirigent les chantiers doivent également prendre part à la discussion via des rencontres hebdomadaires où sont discutés les bons coups observés sur le terrain, les méthodes innovantes mises en place, les relâchements notés, ainsi que les nouvelles réglementations à intégrer dans les pratiques. Leurs points de vue terrain sont essentiels pour toute stratégie fonctionnelle.

La mise en place d’un comité interne

Finalement, l’organisation d’un comité interne en santé et sécurité est primordiale afin d’analyser attentivement les audits réalisés par la mutuelle de prévention, ainsi que les rapports d’inspection de la CNESST. Lorsqu’un manquement est identifié, des mesures correctives concrètes sont mises en place : info-directives, rappels de procédures ou encore formations ciblées adaptées à la situation.

Des efforts qui en valent la chandelle

Nous savons bien que tout cela représente des efforts constants, parfois même contraignants. Mais nous pouvons vous assurer que cela en vaut la peine. Ces initiatives donnent naissance à des solutions concrètes qui sauvent des vies, et nous en sommes la preuve. Grâce à l’implication et à l’engagement de nos équipes, nous avons pu :


Limiter l’exposition à la poussière de silice en rendant obligatoire l’application préalable d’un scellant sur les dalles, une solution simple, mais efficace pour réduire les projections de poussière ;

Mettre en place des méthodes systématiques pour suspendre ou couvrir les rallonges électriques, diminuant considérablement les risques de chute ou de trébuchement ;

Accréditer du personnel interne qualifié pour effectuer les validations annuelles des équipements de protection individuelle, assurant une double sécurité et des pratiques standardisées exemplaires ;

Implanter un programme de prévention numérique, facilitant la gestion des risques en temps réel ;

Promouvoir l’innovation au sein de l’entreprise qui a permis à un collège d’élaborer un système d’échafaudage mobile pouvant être rendu fixe lors de son utilisation, une avancée majeure en matière de sécurité qui nous a valu d’être finalistes aux Grands Prix de la CNESST ;

Mettre en place un système d’accueil SST utilisant des codes QR, simplifiant l’intégration des nouveaux travailleurs tout en améliorant la traçabilité des informations ;

Concevoir plusieurs affiches de sensibilisation adaptées aux réalités spécifiques de nos chantiers ;

Participer activement à différents comités SST de l’industrie afin de contribuer à l’amélioration continue des pratiques.


Et ce ne sont là que quelques exemples de solutions concrètes, fruits d’une culture SST qui favorise l’implication et l’engagement de tous, et qui peuvent être reproduits par l’ensemble des entrepreneurs en construction.

Objectif : faire mieux, toujours

La SST n’est pas une obligation administrative : c’est un enjeu opérationnel, organisationnel, relationnel, humain, stratégique et collectif. Face à un défi aussi complexe et multidimensionnel, prétendre à la perfection serait illusoire. Ce que nous souhaitons c’est que chacun cherche constamment à faire mieux, jour après jour. Personne n’est à l’abri d’un accident, mais en responsabilisant chaque acteur du monde de la construction et en misant sur la prévention, l’innovation et la communication, nous pouvons construire un avenir plus sécuritaire pour tous.